Démarche
 
« C’est dans la matière même que se trouve quelque chose que l’on cherche sans savoir exactement de quoi il s’agit », dit-elle. Une matière d’autant plus riche et difficile qu’elle est composite, stratifiée, saturée en somme de mille possibilités. Comment se mettre à l’écoute de cette voix inconnue de la pièce à naître, qui parle secrètement dans la matière, et lui frayer la voie? Quelle est la teneur de ce travail où l’on fait, défait, refait, tourne, retourne des possibles pour, désencombrer, aboutir à la justesse d’une décision artistique ? Dialogue entre Maguy Marin et Sabine Prokhoris.

L’acte de création est une nécessité qui amène une remise en question permanente pour se renouveler et rester inventif. Si l’atmosphère posée est particulière, si les corps sont traversés, habités, sensibles, justes dans leur présence qu’ils soient motivés par l’imaginaire ou par des dynamiques plus fonctionnelles, on trouve un premier point d’appui simple mais concret et perméable. Plus les choix de recherche sont simples, plus le travail se complique mais peut-être peut-on toucher ou frôler l’universel et du coup l’autre.

Processus


Je pratique quotidiennement l’improvisation libre sur des durées allant de quinze à soixante minutes, sans idées précises que je filme systématiquement. J’introduis des objets, meubles, costumes, micros et univers sonores très différents pour me transporter et chercher à l’aveugle. Je visionne très régulièrement à l’affût de la moindre piste à fouiller, qu’elle vienne d’un état de corps, d’un rythme abordé, d’une situation de jeu avec l’objet, d’un costume qui dissimule ou dévoile des parties de corps. Quand j’aborde une nouvelle pièce toutes ces explorations m’amènent à choisir et définir mon nouvel espace de jeu.

J’imagine mentalement puis concrètement cet espace et sa couleur. L’histoire se construit à partir des contraintes liées aux objets, décors, costumes. Au départ, un ou plusieurs textes, une chanson, un film, une peinture, une sculpture, une musique particulière m’accompagnent et me guide dans ces recherches. J’y trouve un ou plusieurs chemins à suivre ou à détourner. Cela me met en mouvement et surtout ce sont des points d'appuis que je vais transformer et qui souvent révèlent un état intérieur que je ne peux pas nommer et vers lequel je souhaite intuitivement aller.

Après cette première phase, j’invite des artistes, musiciens, danseurs, acrobates à me rejoindre sur le projet.

A partir de ce moment, la création se métamorphose car plus on est nombreux et différents plus il y a de surprises. J’approche d'autres temporalités, d’autres corps, d’autres êtres et je m’adapte à ce qui m'est renvoyé sur le plateau tout en gardant ma direction souterraine que je transmets doucement et progressivement aux interprètes et collaborateurs.